Le corps se souvient
L’ouvrage « Le corps se souvient », paru en 1996, s’appuie sur les travaux menés par Arthur Janov, Ph.D. en thérapie primale, méthode qu’il a créée. Elle agit sur la santé physique et mentale en revivant naissance et moments douloureux de l’enfance. Ressentir ses souffrances et les sentiments refoulés à l’époque est la seule manière réellement efficace pour soigner ses traumatismes, selon Janov. Ce que le rêve éveillé libre permet aussi ! Première partie d’une exploration du refoulement et comment il impacte qui nous sommes…
Une souffrance traumatisante…
Un psychotrauma peut naître d’un événement dramatique que l’on vit ou auquel on assiste (accident, agression, viol…) ou de mauvais traitements subis dans la petite enfance. Une accumulation de souffrances moins visiblement douloureuses peut s’avérer aussi traumatisante : un enfant qui est régulièrement laissé seul ou qu’on n’écoute jamais… En particulier avant 3 ans, quand le néocortex n’est pas encore mature et que l’enfant ne peut analyser ce qu’il vit. Et a fortiori, à la naissance ou pendant la grossesse en cas de dépression ou de traumatisme de la mère. Selon des études citées par Janov, quand le fœtus peut ressentir la douleur c’est-à-dire à compter de 20 semaines.
… provoque le refoulement
Quand la souffrance est brutalement intolérable, ou au fur et à mesure qu’elle s’accumule, le refoulement s’installe. Sans qu’on s’en aperçoive, la douleur est refoulée vers l’inconscient, pour protéger la conscience. C’est un mécanisme de survie, qui agit, sur le plan biologique, grâce aux endorphines et autres analgésiques naturels. Car notre corps est capable de s’anesthésier lui-même ! Notre cerveau agit pour nous rendre inconscients de nous-mêmes, et ce, en anesthésiant nos sentiments.
On se coupe de nos sentiments
Plus exactement, ils sont « mis en réserve». Pour ne plus souffrir, la sensibilité exacerbée se transforme en insensibilité et met l’organisme en mode survie. Pour le bébé, dont la naissance est difficile, le refoulement intervient pour éviter la panique et préserver l’oxygène, selon Janov. En grandissant, le néocortex, lieu de l’intelligence et de la pensée abstraite, développe sa pratique du refoulement. Le mental prend alors l’ascendant sur les ressentis.
Tout pour être heureux
Janov juge que nous devenons alors des êtres humains diminués, déconnectés de notre réalité intérieure. En grandissant, ça devient une souffrance imprécise. Et si nos facultés de refoulement tiennent bon, nous nous sentirons peut-être déprimés, malheureux, voire désespérés, même si « on a tout pour être heureux » ! Et la dépression pourra s’installer. Et ce, en réduisant la réactivité aux événements et en inhibant l’expression de nos sentiments, qui sont devenus inaccessibles. En refoulant, nous n’éliminons pas les méfaits de la souffrance. Elle reste toujours présente, sans que nous le sachions !
Anxiété et crises de panique
Mais, si nos facultés de refoulement fléchissent, nous souffrons aussi. Cela peut générer de l’anxiété. Pour y échapper, nous risquons de développer des addictions (drogues, alcool, anorexie, boulimie…) ou de nous réfugier dans l’hyperactivité… L’anxiété avertit que la situation présente résonne avec un souvenir du passé. Elle accroît notre vigilance et nous permet d’atténuer notre souffrance. Les crises de panique, quant à elles, peuvent indiquer que la souffrance est sur le point de faire irruption dans la conscience.

La névrose prend la place du refoulement
Une névrose ne naît pas forcément d’un traumatisme mais le premier sentiment refoulé est le début du processus névrotique. Les besoins réels et naturels du bébé, quand ils ne sont pas satisfaits, engendrent des névroses. Qui s’installent, plus l’enfant s’adapte, nie ses besoins et enfouit la souffrance du manque. Il cherchera alors à compenser par des comportements dictés par ses besoins d’amour, de reconnaissance… Mais tant que les sentiments seront refoulés, difficile de se sentir aimé. L’amour ne pourra donc rien contre cette névrose. Si l’enfouissement ne marche pas, c’est la psychose qui peut s’installer, avec la perte de contact avec la réalité.
L’empreinte de la souffrance refoulée
On nomme « empreinte », la souffrance due au « souvenir » d’un événement de notre passé. Dont nous n’avons pas conscience… A fortiori, s’agissant de traumas précoces, nous pouvons demeurer inconscients de souvenirs que nous ne pourrons jamais exprimer. Tant que nous n’en prenons pas conscience et que nous n’y réagissons pas, le corps garde en mémoire la souffrance refoulée. Qui continuera à affecter notre physiologie comme si l’événement était en train de se produire.
Nous réagissons selon le stress initial
Une fois installé, le refoulement se pérennise et le mode survie se poursuit, même s’il n’a plus lieu d’être… Et chaque fois qu’une situation nous ramène à notre premier vécu douloureux ou que nous ressentons nos besoins insatisfaits, notre système se met en état d’alerte. Notre corps combat le stress du souvenir. Nous réagissons au présent selon les souffrances passées, dont nous gardons l’empreinte. Qu’elles datent de la naissance ou de l’enfance. Peter Levine parle de l’énergie de survie bloquée dans le corps.
Souffrance et maladies
Plus le stress est élevé, moins notre système immunitaire est efficace. Qui plus est, Janov explique que les traumatismes précoces déclenchent le développement de cellules spécialisées dans la douleur. Notre organisme nous prédispose alors à toutes sortes de maladies. Des études ont montré la corrélation entre naissance difficile et problèmes psychiques. La façon dont se déroule notre naissance se grave dans notre système nerveux pour toujours. Dans son ouvrage, Janov explique les liens entre les difficultés de naissance (trop rapide, freinée…) et de petite enfance de ses patients et leurs ennuis de santé, ainsi que leurs modes de fonctionnement dans la vie.
Notre fonctionnement influencé par nos souffrances passées
Car la souffrance refoulée affecte aussi notre perception de la réalité extérieure et nos comportements ! Notre premier vécu douloureux va alors déterminer notre vision du monde et notre personnalité, en dirigeant une grande partie de nos intérêts, valeurs, envies, aversions, motivations, idées… Avec le refoulement et la névrose, nous réagissons, non pas selon la situation actuelle, mais selon des événements passés. Nous apposons à notre vie présente un filtre. Celui de nos souvenirs refoulés.
A suivre, fin de l’exploration du refoulement et de son impact : Revivre sa souffrance et ressentir la douleur, pour se soigner !
